• Sur la peinture

              Quelques notes de Maurice Joron  :

    Une ligne de conduite :

    - l’altruisme total

    - à l'aise partout

    - séduire

    - domination sur soi

    - respectueux sans être subordonné

    - le naturel, l'agréable, le coulant, la gaîté, distraire coûte que coûte

    - comprendre à fond, disséquer le mécanisme du coeur humain pour pouvoir agir le plus à coup sûr.

    Une ligne de conduite  concrète :

     - Avoir toujours le ventre vide (principale condition pour peindre).
    - Manger peu, marcher beaucoup et longtemps, ne pas boire ou très peu.
    - peindre le matin de bonne heure à jeun.
    (NB : Maurice Joron était plutôt gourmand)

    Le "premier" coup (ou "premier jet")

    . Il faut que chaque coup de pinceau construise.

    .Que la vie dans chaque chose soit inscrite au superlatif par une exécution aussi rapide que l’impression ressentie.

    .Quand je commence le tableau : saisir les couleurs et les valeurs comme si je voulais finir du coup.

    . Avantages du premier coup : c'est fait complètement d'ensemble, car pour faire un tableau d'une fois, il faut l'embrasser tout entier, et en le finissant l'ensemble est réalisé.

    - le coloris est plus vibrant, plus léger

    - il y a toute fraîcheur

    - il y a toute réalité et vie. La qualité sans prix du réel et du vivant

    - la chaleur et la tenue du ton

    - la rapidité

    - l'exécution la plus incisive

    - il fait faire d'immenses et rapides progrès par cette envergure de coups incisifs et de regard.

     Sur l'art du peintre

    On devrait ne se servir que de 3 couleurs de la palette : bleu outremer, garance pourpre, jaune cadmium moyen.

    La valeur est le degré de clarté ou d’obscurité d’un ton.

    La douceur comme la violence s’expriment par l’approchement ou l’éloignement des valeurs et des couleurs.
    Avec les valeurs on frappe les sens, avec les formes, on frappe l’esprit. Tous les raffinements de l’esprit s’expriment par la forme. Toutes les frustrations de l’âme (toujours dans l’ensemble) s’expriment par la couleur.

    Le mouvement

    Le mouvement = vie de l'âme. C'est un mouvement de l'esprit, d'idée, de l'âme qu'il faut, qui en vient, qui l'exprime et non un mouvement matériel, physique.

    La peinture à l'huile.

    Il faut que ce soit beaucoup plus facile que le pastel, dont il faut chercher beaucoup les tons, et combiner les bâtons - beaucoup plus facile que l'aquarelle qui demande un métier spécial et rapide ; elle n'a pas ces défauts, mais au contraire la souplesse absolue et aussi l'infinité des tons et la particularité.

    Ce doit être un amusement et non un travail pénible : un amusement car ce doit être exécuté avec légèreté et gaîté, ayant résolu toutes les difficultés poursuivant le but d'exactitude de relations des valeurs.

    Ce sera pénible si je m'acharne sur un morceau, puis à raccorder ensuite, ce qui est un travail de galère et inexact.

    Le nu
    Il faut faire la psychologie dans le nu, la psychologie du corps de la femme – partout souligner, exagérer une qualité sensuelle ou jolie ou gracieuse dans tous les (recoins), les endroits qui veulent dire quelque chose. Il faut montrer au public les qualités du corps féminin, car il les ignore presque complètement.

    Ses goûts

    .Rien qu'esprit, élégance, chic, distinction, joli, beauté, charme et avant tout gabarit un peu plus élégant que la réalité.

    .Pour savoir ce que je dois peindre. Quels sont mes goûts ? Ce que j'aime ?

    - la richesse-somptuosité

    - les choses sombres et brillantes – étoffes

    - le jeu et la puissance des valeurs

    - la vigueur jusqu'au terrible et l'éclat

    - les sentiments chics et sensuels et généreux qui exaltent tout - le jeu.

    - la beauté longue, serpentine et forte qui éblouit, désoriente et qui est trop élevée

    - les oppositions distinguées, fines et violentes - tous les ors, les rutilances à côté des choses mates et grises, mais fines, pâles.

    - la violence et la grande finesse

    - la sensualité distinguée (j'ai horreur de la sensualité sale et vulgaire)

    - les sentiments très chics, distingués, très élevés.

    . Il ne faut pas travailler pour la postérité. Il faut travailler pour le présent. Il ne faut pas avoir peur de faire des portraits à tous.

    Le commerce*

    . Le plus de réclame possible : connaître le plus de monde possible.

    Le plus de tapage et manifestations bruyantes tout en étant de bon goût car – dit M. X. "si j'avais à faire faire un portrait, à qui voulez-vous que je m'adresse si ce n'est au peintre dont la réputation sera venue jusqu'à moi ? Je vous connais maintenant et ça va bien !".

    Donc il faut cette réclame et ce tapage pour que mon nom et ma réputation soient connus de tout le monde : Paris, la France, le monde. Cela consiste à faire des portraits, petits dessins, etc. de notabilités mondaines, artistiques, industrielles, commerciales, qui me donnent leur sympathie, me font entrer dans leurs relations et peuvent me rapporter des portraits... Une des conséquences est l'augmentation des prix…

    *Maurice Joron avait peu de goût pour la partie commerciale de son art et donc pour le "tapage et la réclame". Néanmoins, devant faire vivre sa famille, il s'efforçait de remplir au mieux, sans outrance, ces obligations marchandes.